Étude de cas 2: Utilisation de méthodes mixtes pour expliquer la persistance du paludisme dans des régions reculées du Centre du Viet Nam

Contexte : Le paludisme demeure une menace mondiale majeure malgré la disponibilité de méthodes efficaces. Pour le contrôler efficacement il faut une action concertée de la part des systèmes de santé et de la communauté et aussi une compréhension des caractéristiques qui en augmentent le risque. Le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) du Viet Nam, mis en place en 1991, a permis de lutter contre le paludisme en fournissant gratuitement des médicaments antipaludiques, des moustiquaires imprégnées, des pulvérisations d’insecticide à domicile deux fois par an, et un diagnostic et un traitement précoces. Dans l’ensemble, le nombre de cas cliniques a diminué de 1, 2 million et 4646 décès enregistrés en 1991 à 185 529 cas cliniques et 50 décès en 2002. Cependant, plus de 90% des cas graves et des décès sont survenus dans les régions montagneuses, boisées et en grande partie peuplées de minorités ethniques du Centre du Viet Nam, où les populations sont appauvries, mal éduquées, culturellement et linguistiquement distinctes et vivent dans des localités dispersées et peu accessibles. Les chercheurs ont donc jugé à la fois instructif et opportun d’étudier le paludisme persistant dans de tels contextes.

Méthodes : Des méthodes mixtes (qualitatives et quantitatives) ont été utilisées pour collecter des données, afin d’explorer les interrelations complexes entre les différents acteurs et les éléments du système. Les données ont été recueillies en deux étapes. La phase de recherche formative a principalement utilisé des outils qualitatifs (réunions communautaires, observation de l’utilisation des moustiquaires, et discussions de groupe / entretiens semi-structurés) avec les responsables, les prestataires de santé et la communauté pour définir et élargir les domaines thématiques d’enquête. Les résultats ont guidé les approches quantitatives (par exemple, un questionnaire pour les prestataires, des enquêtes structurées avec les membres de la communauté et les agents de santé villageois, et un contrôle de qualité des installations de microscopie et des dossiers de santé au niveau du district et de la commune). Le tableau décrit les méthodes utilisées.

Tableau. Résumé des méthodes mixtes utilisées pendant le projet
ETAPE FORMATIVE
Méthode Objectifs Participants
Réunions communautaires Explorer convictions, attitudes, prise de conscience, sollicitation de soins, prestation de soins, et circonstances relatives à l’exposition et au contrôle du paludisme. Responsables du contrôle du paludisme, gouvernement local, organisations de masse, hôpitaux
Discussion de groupe Gestionnaires de lutte antipaludique des provinces et districts, et personnel de santé communal, agents de santé villageois et membres de la communauté
Entretiens semi-structurés Responsables du contrôle du paludisme des provinces, secrétaires chargés du contrôle du paludisme au niveau du district, personnel hospitalier de district, personnel de santé communal, agents de santé villageois, membres de la communauté
Discussions informelles en groupe Directeurs d’hôpitaux de district
Observation
  • Identifier les antipaludiques disponibles sur le marché
Points de vente de médicaments
Observation
  • Décrire l’environnement et le contexte du village
Villages/communauté
ETAPE D’ÉVALUATION
Tests/quiz Obtenir une impression de la connaissance des gestionnaires de santé et de l’adhérence aux directives Personnel hospitalier du district
Observations, listes de contrôle

Évaluer la visibilité et la mise à jour des directives de traitement du paludisme

Qualité de la microscopie

Points de service de santé
Qualité des moustiquaires lors des visites à domicile de l’enquête CAP Ménages
Examen des dossiers et registres de traitement Registres des patients atteints de paludisme
Questionnaire structuré Déterminer les connaissances, les attitudes et les pratiques de la communauté (CAP) Agents de santé villageois,
Membres de la communauté

Conclusion : L’utilisation des méthodes mixtes a informé les chercheurs et le PNLP sur les facteurs contextuels qui ont fait barrière à un contrôle efficace du paludisme dans la région touchée.

Enseignements : La complexité des facteurs contextuels couplée à la pauvreté, au faible niveau d’éducation, à la mobilité transfrontalière et à la diversité culturelle, a rendu appropriée l’utilisation de méthodes mixtes.

Source: Morrow M. et al. Pathways to malaria persistence in remote central Vietnam: a mixed-method study of health care and the community. BMC Public Health. 2009; 9(1):1.