S’assurer que les interventions sanitaires profitent à tous ceux qui en ont besoin est un défi majeur pour les pays à revenu faible et intermédiaire.

Étude de cas 3: Construire une recherche de mise en œuvre durable dans le service de santé du Ghana.

Contexte : Le Ghana a systématiquement intégré la recherche de mise en œuvre (RMO) dans son système de santé grâce à un renforcement des capacités soutenu au niveau national et grâce aux efforts soutenus du Ministère de la Santé et du Service de Santé du Ghana (GHS = Ghana Health Service). Au cours d’une période de presque 20 ans, les dirigeants successifs ont mobilisé les parties prenantes aux niveaux national et international pour identifier les obstacles dans le système de santé et les aborder, avec plus ou moins de succès. Plus récemment, le GHS a dirigé l’élaboration d’un programme national de recherche en santé et d’un plan de capacité en RMO pour certains des programmes de lutte contre les maladies prioritaires, avec l’appui d’un partenariat multilatéral sur l’accès et la mise en place d’interventions sanitaires.

Afin de renforcer les capacités du GHS en matière de recherche opérationnelle et de mise en œuvre pour identifier les besoins sanitaires spécifiques du pays et d’y répondre en termes d’accès aux nouvelles technologies de santé et de leur diffusion efficace, une série d’ateliers nationaux et d’activités avec les parties prenantes ont été menées périodiquement sur une durée de 18 mois par la Division de la recherche et du développement (RDD) du GHS. Il s’agissait notamment de l’élaboration d’un Programme National de Recherche en Santé afin que les domaines de recherche prioritaires identifiés par le GHS, ses parties prenantes et d’autres collaborateurs, puissent être développés et fournir des preuves pour appuyer la prise de décision. Plus de cent cinquante partenaires de développement, des directeurs et directeurs adjoints du GHS, des directeurs du ministère de la Santé, des scientifiques des instituts de recherche du GHS, le Noguchi Memorial Institute for Medical Research, du personnel de l’École de Santé Publique, du personnel des institutions de recherche ne faisant pas partie du GHS, des décideurs, des gestionnaires des programmes de lutte contre les maladies, des directeurs régionaux, des directeurs de district, du personnel sanitaire des niveaux régional et de district, des universitaires et des administrateurs de la santé, tous ont contribué à l’élaboration du programme de recherche et ont participé à divers ateliers et réunions de parties prenantes pour examiner et affiner les priorités de recherche émergentes.

Le programme national de recherche en santé qui en a résulté (National Health Research Agenda) comprend une liste d’obstacles et de problèmes entravant la mise en place efficace de programmes de santé et la mise en œuvre de politiques. La liste fournit un point de départ concret sur lequel la RMO peut démarrer et se concentrer.

Une deuxième série d’ateliers a été organisée après la consultation initiale des parties prenantes sur le programme de recherche. Ces ateliers ont été conçus pour :

  • sensibiliser les décideurs du GHS à l’importance de la RMO pour répondre aux besoins prioritaires des programmes ;
  • sensibiliser les principaux acteurs du Centre régional africain de formation (RTC) de l’Université du Ghana à l’utilité de la RMO pour répondre aux besoins prioritaires des programmes ;
  • renforcer les capacités dans des cohortes d’équipes de recherche pour la conduite de la RMO et la diffusion des résultats de la recherche en santé publique ; et
  • promouvoir le travail d’équipe et les partenariats fonctionnels entre les chercheurs, les responsables de la mise en œuvre des programmes de lutte contre les maladies et les décideurs.

Élaboration d’un programme national de recherche en santé pour le Ghana

Le Ghana a une riche histoire de recherche sur les services de santé, avec des dispositifs institutionnels solides pour la coordination des efforts de recherche dans le pays. L’Unité de recherche en santé, créée en 1990, fonctionne comme le principal mécanisme de coordination de la recherche en santé et s’est transformé avec le temps en la Division de la recherche et du développement (RDD) du GHS.

La recherche s’est toujours vue accorder une priorité élevée pour soutenir les « programmes de travail quinquennaux du secteur de la santé » successifs, en commençant par le premier programme de travail en 1996. En 1998, le gouvernement a publié des « directives politiques pour renforcer la recherche à moyen terme » pour appuyer la première « Stratégie à moyen terme pour la santé » au Ghana. Le deuxième programme de travail (2002-2006) avait son propre programme de recherche quinquennal, aligné sur la « Stratégie à moyen terme pour la santé » au Ghana (2002-2006). Les programmes successifs du secteur de la santé comportaient de solides volets de recherche et, en 2008, un programme de recherche en santé a été publié pour accompagner le programme de travail.

En 2014, le GHS / RDD a élaboré un programme de recherche en santé pour 2015-2018 avec le soutien de partenaires (OMS / TDR et le Programme des Nations Unies pour le développement) pour soutenir le « Plan de développement à moyen terme du secteur de la santé » sur la période 2014- 2017. Le processus a consisté en réunions de haut niveau organisées par le GHS en collaboration avec d’autres partenaires afin d’obtenir des commentaires sur un projet de programme national de recherche en santé couvrant 2015 à 2018. Un projet de document a été produit et examiné lors d’une réunion ultérieure des parties prenantes. Le document révisé a été finalisé et publié par le GHS comme « Programme national de recherche en santé du Ghana pour 2015-2019 ».

Ateliers de sensibilisation pour les décideurs et le personnel du Centre régional de formation

Un atelier d’une journée a été organisé pour les directeurs et les directeurs adjoints des différentes divisions du GHS. L’atelier a sensibilisé et familiarisé les hauts responsables du GHS aux concepts clés et aux approches de la RMO et à leur valeur possible pour répondre aux principaux défis du système de santé dans le pays. Parce que les décideurs politiques sont quelque peu éloignés du niveau de la mise en œuvre, il était impératif qu’ils prennent conscience de la valeur de la RMO pour résoudre les défis de mise en œuvre rencontrés par les gestionnaires de programme au niveau du district. Le deuxième volet du processus de sensibilisation consistait à impliquer le milieu universitaire de l’École de santé publique à l’Université du Ghana et à sensibiliser les principaux acteurs sur le contenu et les processus de la RMO.

Atelier de formation pour les programmes nationaux de lutte contre les maladies

Suite à la sensibilisation des décideurs, l’attention s’est portée sur les praticiens de première ligne de trois programmes prioritaires du GHS : le Programme national de lutte contre le paludisme, le Programme national de lutte contre les maladies tropicales négligées et le Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre. Des ateliers ont été conçus pour permettre aux équipes des programmes d’entreprendre la RMO sur les obstacles à l’exécution efficace et performante des interventions des programmes. Ces obstacles avaient déjà été identifiés lors des consultations des parties prenantes pour l’élaboration du « Programme national de recherche en santé ».

Un plan complet a été mis en place pour former les équipes de recherche constituées par les programmes prioritaires de lutte contre les maladies grâce à une série d’ateliers nationaux – de l’identification des problèmes de recherche, en passant par l’élaboration de protocoles d’étude robustes, la conduite de la recherche et l’analyse des données, jusqu’à la préparation et la diffusion des résultats (Figure).

Figure. Planification du renforcement des capacités de RMO parmi les gestionnaires de programme prioritaires

Les gestionnaires de programme ont constitué des équipes pour les ateliers sur la formation et le développement de propositions de recherche. Les équipes comprenaient un membre clé du programme de lutte contre les maladies, leurs agents d’information respectifs et des chercheurs ayant des compétences en recherche quantitative et qualitative et un intérêt pour le programme.

L’atelier a aidé les équipes de recherche à démarrer le processus d’exécution de la RMO pour traiter les problèmes prioritaires identifiés par les programmes nationaux de lutte contre les maladies au Ghana. Un certain nombre de programmes ont été en mesure de financer avec leur propre budget le soutien aux projets de recherche résultants.

Enseignements : L’engagement des parties prenantes essentielles du secteur de la santé et de la communauté de recherche pour l’identification des obstacles et le développement du programme national de recherche en santé a permis de mieux apprécier la valeur de la RMO pour atteindre des résultats nationaux en matière de santé. Des fonds ont été alloués dans le(s) budget(s) du programme national pour soutenir la RMO sans dépendre de sources externes.