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Introduction

Ce module vise à renforcer la capacité des chercheurs en incorporant une perspective intersectionnelle de genre dans la recherche de mise en œuvre (RMO). Il s’agit d’un guide détaillé permettant aux chercheurs de développer une proposition de RMO intégrant une perspective intersectionnelle de genre. Il s’aligne sur le format de l’actuelle boîte à outils de recherche de mise en œuvre8 du programme spécial de echerche et de formation sur les maladies tropicales (TDR) de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et s’inspire de la boîte à outil de TDR/OMS pour l’incorporation de l’analyse intersectionnelle des genres dans la recherche sur les maladies infectieuses en lien avec la pauvreté1.

Après avoir terminé ce module, les chercheurs seront en mesure de :

  • Comprendre la pertinence et l’importance du genre et de l’intersectionnalité dans la RMO ;
  • Développer une proposition de RMO incorporant une perspective intersectionnelle de genre ;
  • Planifier et mettre en œuvre des projets de RMO en utilisant une approche intersectionnelle de genre ;

Bien que certains éléments soient communs à d’autres modules de la boîte à outils de RMO, certains aspects de ce module sont mis en avant pour guider à la fois le développement de projets de RMO et la résolution des problèmes de mise en œuvre des interventions en utilisant une optique intersectionnelle de genre. Le but de ce processus est de contribuer à l’optimisation d’une intervention sanitaire donnée tout en assurant l’équité de sa couverture, contribuant ainsi à l’agenda 2030 pour le développement durable et à l’objectif de « ne laisser personne de côté «.

Avant d’utiliser ce module, les chercheurs doivent avoir déjà passé en revue les modules Introduction et Comprendre la RMO, de la boîte à outils de la RMO8. En outre, ils doivent être familiarisés avec le processus d’analyse des parties prenantes et d’engagement communautaire. Il est important que les chercheurs travaillent sur le module actuel avant de concevoir des questions de recherche, car cela les aidera à intégrer une optique intersectionnelle dans la formulation des questions de recherche. Pour plus d’informations, consultez la boîte à outils d’analyse intersectionnelle des genres de l’OMS/TDR1.

Ce module comprend quatre sections :

  • Introduction aux concepts de genre, d’intersectionnalité et d’analyse intersectionnelle du genre.
  • Pertinence et importance de l’incorporation d’une approche intersectionnelle du genre dans la RMO.
  • Développement d’une proposition de RMO en utilisant une approche de genre intersectionnelle.
  • Mise en œuvre d’un projet de RMO en utilisant une approche intersectionnelle de genre.

Le genre fait référence aux rôles, comportements, activités, attributs et opportunités qu’une société considère comme appropriés pour les hommes, les femmes, les filles, les garçons et les personnes ayant une identité non binaire. Il est souvent relationnel, car il détermine la manière dont les hommes/garçons, les femmes/filles et les personnes à l’identité non binaire interagissent entre eux et avec le monde qui les entoure. Le genre est hiérarchique et produit des inégalités qui se recoupent avec d’autres inégalités sociales et économiques. En raison de sa construction sociale, le genre varie fréquemment à travers les espaces, les contextes et le temps, car les individus construisent des rôles et des identités différents, façonnés par des circonstances politiques, sociales, historiques et économiques plus larges1,2,3. Le genre, en tant que déterminant social de la santé et construction relationnelle du pouvoir, se manifeste de différentes manières pour influencer l’expérience des personnes et leur accès aux soins de santé à différents niveaux du système de santé9. Par exemple, au niveau individuel, le manque d’accès des femmes aux ressources peut limiter l’accessibilité financière des services de santé.

Au niveau sociétal, l’accès physique aux soins de santé peut être entravé par les normes sociales qui exigent que les femmes mariées obtiennent la permission de leur mari/ partenaire avant de pouvoir se faire soigner. Au niveau du système, la façon dont les services de santé sont organisés peut soit faciliter, soit limiter l’accès d’une personne aux services de santé, par exemple si les heures d’ouverture ne favorisent pas leur utilisation par les femmes10 ou le sexe du prestataire de soins (par exemple pour des raisons religieuses).

L’intersection du genre avec les variables sociales d’un individu (par exemple, l’origine ethnique, la classe sociale, le statut socio-économique, le handicap, l’âge, la situation géographique, l’orientation et l’identité sexuelles, etc.) avec des processus sociaux plus larges (par exemple, la discrimination basée sur la capacité physique, le racisme, etc.) et des processus structurels (par exemple, la politique, l’économie, la mondialisation, etc.) aboutit à des expériences individuelles de discrimination, de marginalisation et d’exclusion sociale, qui ont toutes des effets complexes sur la santé d’un individu et sa réponse aux interventions. Pour de plus amples informations sur la manière dont le genre s’entrecroise avec d’autres variables sociales, veuillez-vous référer au manuel d’analyse intersectionnelle du genre de l’OMS/TDR1.

Le terme «intersectionnalité» a été inventé par Kimberlé Crenshaw en 198911. Historiquement parlant, le concept a émergé de divers fondements théoriques sur le féminisme6,12. L’intersectionnalité est une approche analytique qui examine comment différentes variables sociales (telles que le genre, la classe, la race, l’éducation, l’ethnicité, l’âge, la situation géographique, la religion, le statut migratoire, la capacité, le handicap, la sexualité, etc.) interagissent pour créer différentes expériences de privilège, de vulnérabilité et/ou de marginalisation au sein des structures de pouvoir6. Une approche d’intersectionnalité aide les chercheurs en santé à comprendre les moteurs de l’inégalité sociale en tenant compte de la complexité du monde réel13, dans lequel les inégalités sont rarement le résultat de facteurs uniques et distincts, mais celui d’intersections de différents lieux sociaux, relations de pouvoir et expériences6,14.

La représentation visuelle de l’intersectionnalité présentée à la figure 1 décrit sa définition dans la pratique. Elle comprend trois couches concentriques qui entourent les circonstances uniques de pouvoir, de privilège et d’identité de chaque personne : l’anneau intérieur décrit les caractéristiques d’un individu (par exemple, l’âge, la profession, la religion, etc.) ; l’anneau intermédiaire décrit les processus sociaux (par exemple, la discrimination fondée sur la capacité physique, le racisme, la discrimination, etc. Elle met en évidence la manière dont de multiples variables sociales individuelles (âge, sexe, éducation, etc.) interagissent avec des processus sociaux plus larges (handicap, racisme, discrimination, etc.) et des facteurs structurels (politique, capitalisme, etc.) pour façonner la position, le privilège ou le désavantage d’un individu au sein de la société, ce qui aboutit à ce qu’un individu se trouve dans une catégorie sociale privilégiée ou défavorisée15. En pratique, l’utilisation d’une approche d’intersectionnalité aide les chercheurs à examiner les relations de pouvoir, à comprendre les variables sociales des participants à la recherche et la manière dont elles interagissent avec les facteurs structurels systémiques pour façonner leurs expériences de vie7.

Le Tableau 1 présente des considérations clés concernant l’intersectionnalité, notamment l’accent mis sur l’inégalité sociale et ses implications, la dynamique du pouvoir dans les relations sociales, le contexte structurel et politique, et la réflexivité des chercheurs13.

Pour intégrer une optique intersectionnelle du genre dans la RMO, nous avons choisi le genre comme point d’entrée pour analyser et comprendre l’accès aux soins de santé et la manière dont les gens vivent et réagissent à la maladie et aux services de santé, ainsi qu’à d’autres expériences de recherche de santé. Les rôles, normes et relations de genre se croisent avec d’autres axes d’inégalité (par exemple l’âge, l’expérience de la discrimination raciale, le statut social et le handicap) et ces croisements, sous des systèmes et structures de pouvoir connectés, influencent pourquoi et comment la santé est façonnée de manière spécifique. Il est important de comprendre comment le genre s’entrecroise avec d’autres axes d’inégalité à toutes les étapes du processus de RMO, afin de ne pas négliger les dynamiques sociales qui existent dans le contexte communautaire et leur impact sur la manière dont une stratégie de mise en œuvre de la santé fonctionne et pour qui5.

Une analyse intersectionnelle du genre dans la recherche permet de comprendre les différences au sein des groupes au niveau communautaire et les contextes complexes qui sont à l’origine des inégalités de genre et autres inégalités sociales. La figure 2 ci-dessous montre la roue modifiée de l’analyse intersectionnelle du genre où le genre est considéré comme le point d’entrée de l’analyse intersectionnelle du genre. Cette figure aide les chercheurs à réfléchir à la manière dont le genre s’entrecroise avec d’autres variables sociales d’un individu (par exemple, l’âge, l’identité de genre, la profession, la religion, etc.) et interagit avec des processus plus larges de discrimination et de privilèges sociaux (par exemple, la discrimination fondée sur la capacité physique, le racisme, etc.) et structurels (par exemple, la politique, le capitalisme, etc.) pour façonner la position d’un individu dans la société. Cette approche aide les chercheurs à examiner les inégalités créées à l’intersection de ces facteurs sociaux dans le cadre de systèmes et de structures de pouvoir spécifiques, qui sont également influencés par les processus politiques qui sont, à leur tour, façonnés par les contextes dans lesquels ils opèrent. En outre, le genre étant relationnel, son intersection avec d’autres variables dans la roue de l’intersectionnalité peut aboutir à des positions privilégiées ou défavorisées dans la société.

Elle permet également aux chercheurs de comprendre comment les dynamiques de pouvoir liées au genre et d’autres facteurs contextuels au sein de la communauté influencent la mise en œuvre et l’adoption d’une intervention donnée aux différents niveaux du système de santé1.

Divers cadres d’analyse du genre16,17,18 peuvent être utilisés comme point de départ pour intégrer l’analyse du genre dans la recherche. Ces cadres systématisent les informations sur les dimensions liées au genre dans divers domaines de la vie et examinent comment ces différences affectent la vie et la santé des hommes, des femmes, des garçons et des filles, ainsi que des personnes ayant des identités non binaires. Le cadre d’analyse du genre de Jhpiego17 (Figure 3) décrit quatre domaines de relations de genre : l’accès aux biens ; les croyances et les perceptions ; les pratiques et la participation ; et les institutions, les lois et les politiques. Le pouvoir est omniprésent dans chacun de ces domaines et est essentiel pour comprendre l’existence de hiérarchies fondées sur le genre et la manière dont elles peuvent être un facteur d’inégalité.

Les cadres d’analyse intersectionnelle du genre aident les chercheurs à explorer la manière dont le genre s’entrecroise avec d’autres variables sociales pour influencer l’accès à des interventions sanitaires spécifiques19.

Pour plus de détails sur les cadres d’analyse de genre et des conseils sur la manière de mener une analyse intersectionnelle du genre, se référer à la boîte à outils de l’analyse intersectionnelle du genre de l’OMS/TDR1. Dans la recherche de mise en œuvre, l’application d’une approche intersectionnelle selon le genre permet aux chercheurs de comprendre comment les relations de pouvoir entre les sexes et d’autres facteurs contextuels au sein de la communauté influencent la mise en œuvre et l’adoption de l’intervention aux différents niveaux du système de santé.

Evelyn Kabia et coll.20 ont mené une étude qualitative au Kenya pour explorer comment l’interaction des facteurs personnels (sexe, handicap et pauvreté) des femmes vivant avec un handicap et des facteurs environnementaux influençaient leur expérience lors de l’accès aux soins de santé (Encadré 1). En corroborant leurs résultats à l’aide du cadre de travail sur le genre de Jhpiego, ils ont montré que l’intersection entre les femmes handicapées (variables sociales individuelles) qui vivaient également dans des conditions de pauvreté avec la division du travail au sein du foyer (pratique et participation), la mobilité limitée (accès aux opportunités), la dépendance (accès aux biens) et l’attitude négative des agents de santé (institutions, lois et politiques) influençait leurs comportements en matière de recours aux soins.

Les variables sociales d’un individu interagissent avec la communauté locale et les forces structurelles pour produire une expérience qui affecte ensuite l’accès aux interventions sanitaires de RMO (Figure 4). Si l’identité de genre d’un individu influence son accès aux ressources et à la prise de décision, alors cela peut contribuer à ce que l’individu soit dans une position privilégiée ou désavantagée, ce qui peut ensuite influencer l’accès à une intervention sanitaire de RMO. De cette manière, l’accès, l’utilisation et la réponse aux interventions sanitaires au niveau communautaire sont considérablement influencés par les relations de pouvoir entre les sexes en ce qui concerne la disponibilité des ressources, l’allocation des ressources, les valeurs sociétales et les systèmes structurels1,20.

Boîte à outils de tdr pour la recherche de mise en œuvre

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Références