Intégration d’une optique intersectionnelle du genre dans la RMO

La recherche de mise en œuvre n’est ni une activité unique ni linéaire mais un processus continu et cyclique qui adopte les six étapes décrites dans cette boîte à outils.

Bien qu’une perspective intersectionnelle du genre puisse être incorporée tout au long du cycle de RMO, elle devrait l’être le plus tôt possible, par exemple pendant les phases d’identification des problèmes de l’étude et de développement de la proposition. En outre, il est recommandé de maintenir une perspective intersectionnelle du genre tout au long du cycle de RMO (Fig.5), c’est-à-dire de la contextualisation de la recherche à la diffusion et à l’utilisation des résultats de la recherche21.

Puisque la RMO opère dans des contextes de vie réelle où plusieurs facteurs, y compris le genre et d’autres facteurs sociaux, se croisent, les chercheurs devraient adopter une approche intersectionnelle du genre pendant les processus d’engagement des parties prenantes et de la communauté dans la RMO, l’exécution du projet et la diffusion des résultats de la recherche (Tableau 2).

Pour réussir un projet de RMO, il faut réunir une équipe de recherche interdisciplinaire compétente (avec une expertise en sciences biomédicales et sociales) et identifier les parties prenantes/membres de la communauté concernés et les faire participer activement.

Équipe de l’étude

Une équipe multidisciplinaire comprenant des chercheurs, des décideurs, des chargés de mise en œuvre des programmes et des prestataires de soins de santé est la condition essentielle de tout projet de RMO. L’équipe doit inclure des chercheurs en sciences sociales ayant des connaissances, l’expérience et l’expertise nécessaires pour intégrer et appliquer une approche intersectionnelle du genre dans la recherche en santé. Lors de la conception de l’étude, adopter une “perspective d’initié” qui se rapporte et s’identifie aux expériences vécues par les participants à l’étude.

Ceci est important car favorise l’empathie, la confiance et l’établissement de rapports et garantit que le projet de recherche est sensible aux besoins et aux expériences des participants23. Pour y parvenir, tous les membres de l’équipe de recherche doivent réfléchir et reconnaître comment leurs propres valeurs, expériences, connaissances et positions sociales peuvent influencer le processus de recherche et ses résultats. Les chercheurs peuvent y parvenir par le biais d’un processus de réflexivité, qui consiste à cultiver la conscience de l’influence des différences d’identité et de pouvoir pertinentes. La réflexivité peut contribuer à transformer le processus de participation du public à la recherche en santé lorsque les chercheurs et les partenaires de recherche publics engagés prennent une conscience critique des hypothèses et des vérités dans leur travail12 (tableau 3).

En outre, en tant que chercheurs, vous devez être conscients que la réflexivité est un processus continu d’engagement et d’articulation de la position du chercheur et du contexte de la recherche. Ce processus implique que le chercheur explore comment ses propres variables sociales, telles que l’identité de genre, l’ethnicité, le niveau d’éducation, l’âge, la religion, etc., peuvent affecter les autres chercheurs, les participants à l’étude et l’ensemble du processus de recherche. Par conséquent, une approche intersectionnelle du genre exige un examen réflexif et continu du contexte de la recherche, y compris la reconnaissance de la façon dont les préjugés influencent les activités du chercheur, et l’analyse de la façon dont les facteurs à plusieurs niveaux interagissent pendant le processus de recherche et influencent les forces qui façonnent les conditions liées à la santé14.

Les parties prenantes ont été définies comme des individus, des organisations et des communautés qui ont un intérêt direct dans le processus et les résultats d’un projet, d’une recherche ou d’une politique24,25. Les parties prenantes comprennent les personnes pour lesquelles la recherche sera bénéfique. Le type et le nombre de parties prenantes varient en fonction de la nature du problème de recherche, mais comprennent généralement les participants à la recherche et d’autres membres de la communauté, les décideurs, les responsables administratifs, les agents de santé, les organismes de financement, les gestionnaires de programmes, les agents de développement et les chercheurs eux-mêmes. Étant donné que la RMO et l’analyse intersectionnelle du genre sont de nature participative, les chercheurs doivent accorder une attention particulière à l’engagement des parties prenantes afin que le groupe soit suffisamment diversifié pour inclure toutes les parties prenantes pertinentes pour votre RMO. La réalisation d’une analyse des parties prenantes permet de comprendre le contexte de l’intervention et d’identifier toutes les parties prenantes pertinentes, d’évaluer comment elles sont susceptibles d’être affectées par la recherche et comment elles pourraient réagir aux résultats de la recherche. De même, elle vous aide, en tant que chercheur, à identifier leurs besoins, à comprendre leurs priorités et à planifier la manière d’y répondre. Le processus d’identification et d’engagement des parties prenantes doit être mené de manière itérative par les chercheurs et intégré tout au long du cycle du projet de RMO.

Une perspective intersectionnelle du genre doit être prise en compte lors de la sélection des parties prenantes parmi toutes les organisations et tous les segments de la population concernés. Pour garantir la diversité des participants, il faut tenir compte de la façon dont le genre et les autres variables sociales impactent sur qui veut être impliqué, qui peut être impliqué, comment ceux qui sont impliqués interagissent les uns avec les autres et comment cela affecte leurs contributions.

En tant que chercheurs, il est bon de reconnaitre que les dynamiques de pouvoir liées au genre influencent la participation des parties prenantes. Au cours des réunions des parties prenantes, le modérateur a un rôle clé à jouer en identifiant les parties prenantes timides ou qui se laissent dominer par d’autres participants, et en les encourageant à s’engager et à participer aux discussions. Par exemple, les participants féminins peuvent ne pas prendre la parole si les participants masculins les supplantent systématiquement, mais le modérateur peut les encourager à parler. Le pouvoir et la position d’un participant peuvent également influencer l’engagement des autres participants. Par exemple, si deux personnes de la même organisation occupant des positions hiérarchiques différentes sont impliquées, la personne la moins expérimentée risque de ne pas s’exprimer et de ne pas prendre le leadership, même si elle possède de meilleures connaissances et compétences que son ou ses collègues plus expérimentés. Les étapes clés pour mener une analyse des parties prenantes sont les suivantes :

  • Définir l’objectif de l’analyse.
  • Dresser une liste des parties prenantes potentielles (une liste initiale peut être établie par un remue-méninge sur les questions pertinentes et les ajouts ultérieurs à la liste peuvent utiliser la technique de la “boule de neige”, au cours de laquelle les parties prenantes identifient d’autres parties prenantes).
  • Recueillir les données nécessaires (par exemple, à l’aide de guides d’entretien et de questionnaires semi-structurés).
  • Analyser et présenter les données sous forme de matrices (c’est-à-dire le type de parties prenantes, les niveaux d’intérêt et d’influence, et les rôles qu’elles joueront ou sont en train de jouer dans la mise en œuvre de l’intervention proposée).

En outre, vous devez être conscient que les variables sociales des personnes impliquées dans la conception de l’étude, le recrutement des participants, la collecte, l’analyse et la diffusion des données sont essentielles pour répondre efficacement aux besoins spécifiques des participants à l’étude.

L’engagement communautaire est vital tout au long d’un projet de RMO, en s’appuyant sur les forces et les ressources de la communauté. La “communauté” peut être comprise comme un groupe de personnes qui vivent dans la même aire géographique locale ou qui ont d’autres éléments non spatiaux d’identité sociale partagée, comme un métier similaire ou l’appartenance à un groupe, ou des entités organisées qui opèrent au sein d’une communauté, comme le gouvernement local, les équipes sanitaires de district, ou d’autres organisations communautaires, comme les groupes religieux ou de la société civile26,27. L’engagement communautaire est l’implication significative, respectueuse et adaptée des membres de la communauté dans un ou plusieurs aspects d’un projet de RMO27.

Engager activement la communauté tout au long du cycle de RMO (c’est-à-dire de la conceptualisation du problème à la conception et à l’élaboration de la proposition de recherche, en passant par la planification et la mise en œuvre du projet, la collecte des données, l’analyse et l’interprétation des résultats) implique la consultation, la communication, la participation, les partenariats et la sensibilisation. L’engagement de la communauté offre également un environnement propice au co-apprentissage, tant pour les chercheurs que pour la communauté, qui s’appuie sur les expériences des communautés et sur le contexte socioculturel historique et actuel. En outre, il permet d’instaurer un climat de confiance et des rapports qui facilitent l’ensemble du processus de recherche, favorisant un équilibre opportun entre la recherche et l’action 28,29. Le tableau 4 résume le rôle de l’engagement de la communauté aux différentes phases du cycle de RMO, et souligne également les opportunités potentielles d’intégrer une perspective intersectionnelle du genre.

L’encadré 2 présente un exemple décrivant comment l’engagement de la communauté a permis aux responsables de la mise en œuvre d’identifier les points de distribution de médicaments appropriés et efficaces dans le cadre d’un programme d’administration de masse de médicaments (AMM) pour les maladies tropicales négligées (MTN) dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest.

L’encadré 3 présente un exemple décrivant comment l’engagement communautaire auprès des populations indigènes d’Australie a été déterminant pour les relier au système de santé, améliorer les services de santé locaux, accroître leur confiance et leur accès aux soins.

La conceptualisation de l’étude qui est ancrée dans les cadres d’analyse du genre et de l’intersectionnalité peut examiner les systèmes complexes de boucles de rétroaction et les interactions entre les différents niveaux de la roue de l’intersectionnalité34. La première étape pour incorporer une optique ou une approche intersectionnelle de genre dans la RMO devrait avoir lieu pendant la conceptualisation du projet de recherche22. Cela peut être réalisé de manière systématique par l’engagement collectif des parties prenantes concernées. Pour éviter tout conflit potentiel survenant plus tard dans le processus de recherche concernant l’interprétation des concepts, les définitions des variables sociales et des résultats de la recherche doivent être claires et concises dès le départ. Les définitions doivent être en accord avec le contexte social, culturel, économique, politique et historique de la communauté ou du lieu géographique choisi. Vous pouvez commencer le processus par un remue-ménage sur les concepts et les terminologies. Il est également utile de consulter les travaux antérieurs réalisés dans cette région pour comprendre comment les membres de la communauté locale perçoivent certaines terminologies. Il est essentiel que tous les membres de l’équipe comprennent clairement les concepts et les définitions avant de poursuivre.

Une fois que votre équipe s’est mise d’accord sur les concepts et définitions pertinents, l’incorporation d’une approche intersectionnelle du genre permet une réflexion critique sur la façon dont le genre s’entrecroise avec d’autres variables sociales dans le contexte dans lequel vivent les participants à l’étude et où les interventions sanitaires seront finalement mises en œuvre. Cela permet d’explorer et de comprendre ces intersections et les facteurs sociétaux et institutionnels qui facilitent ou entravent une étude de RMO donnée. D’autres conseils sur l’incorporation d’une analyse intersectionnelle du genre tout au long des six étapes du processus de RMO pour atteindre les résultats souhaités sont mis en évidence dans la Figure 6.

Il convient de prendre dûment en considération les domaines du genre et les variables sociales qui sont pertinents pour un problème de recherche spécifique. Ce processus d’analyse intersectionnelle du genre est une étape critique et si elle est omise, des variables sociales importantes - qui peuvent jouer un rôle significatif dans un contexte d’étude donné - peuvent être négligées35.

Divers cadres de systèmes de santé ont évolué au fil du temps. L’OMS définit un système de santé comme suit : “ L’ensemble des organisations, des personnes et des actions dont l’intention première est de promouvoir, restaurer ou maintenir la santé ”36,37. Les “ éléments constitutifs ” du cadre des systèmes de santé de l’OMS peuvent être utilisés comme guide par les équipes de RMO pour évaluer comment chacun des éléments constitutifs pourrait être impliqué dans l’intervention sanitaire à l’étude, ainsi que dans les solutions aux obstacles identifiés.

Les systèmes de santé ne sont pas neutres du point de vue du genre ; le genre est une variable sociale clé qui affecte les besoins, les expériences et les résultats des systèmes de santé19,38. Lors de la conception et de la mise en œuvre d’interventions dans les systèmes de santé, on part souvent du principe qu’une intervention sera aussi efficace pour les hommes, les femmes et les personnes d’autres identités sexuelles dans toutes les couches socio-économiques39. Il est important d’être conscient que les responsables de la mise en œuvre ne reconnaissent pas toujours la manière dont les relations de pouvoir liées au genre peuvent affecter la manière dont une personne interagit avec une intervention sanitaire spécifique, y accède, l’utilise ou y réagit de manière générale19.

Les expériences vécues par un individu lors de l’accès aux services de santé influencent également sa décision de recourir à une intervention sanitaire ou service de santé. Par exemple, si une adolescente célibataire se rendant dans un établissement de santé pour obtenir des informations sur les contraceptifs oraux est ridiculisée (stigmatisée) ou jugée par un agent de santé pour avoir cherché de telles informations. Elle préférera ne pas se faire soigner dans cet établissement de santé, quelle que soit la qualité de l’intervention déployée à l’avenir pour les adolescentes. La figure 7 montre comment la roue de l’intersectionnalité est intrinsèquement liée au système de santé, et peut également affecter l’adoption d’une intervention sanitaire dans un projet de RMO donné.

Boîte à outils de tdr pour la recherche de mise en œuvre

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Références